2/05/2018

Premières images du Maghreb

 

« Il y a dans l’Atlantide un grand acteur : c’est le sable. »

Louis Delluc à propos du film L’Atlantide de Jacques Feyder

 

 

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé termine sa saison de cinéma muet avec Premières images du Maghreb, du 30 mai au 30 juin 2018.

Ce cycle présente les premières images filmées dans trois pays d’Afrique du Nord (le Maroc, la Tunisie et l’Algérie) et revient sur le regard, pétri de l’idéologie coloniale, que l’industrie cinématographique porte sur le Maghreb à l’orée du XXème siècle.

Dès 1895, le cinématographe offre aux opérateurs l’occasion de capter des images originales à travers le monde. Alexandre Promio (1868-1926) est l’un des premiers opérateurs Lumière à tourner des vues de villes, de paysages et de scènes de la vie quotidienne en Afrique du Nord. L’industrie cinématographique européenne s’exporte aussi au Maghreb dès le début du XXème siècle. Les projections organisées in situ permettent aux spectateurs de découvrir à la fois le spectacle cinématographique et de voir des images de leurs pays. Outils de propagande à part entière ces films reflètent, par le choix des sujets « Artisanat et industrie », « Architecture, villes et archéologie », le projet civilisateur d’une Europe qui ne doute pas d’elle-même.  Il s’agit de reproduire de l’autre côté de la Méditerranée un modèle présenté comme universel qui passe par l’éducation, la santé et le développement des infrastructures.

Un cinéaste se démarque, cependant, par son regard intime sur la Tunisie : Albert Samama Chikli (1872-1934) qui fut le premier et seul cinéaste autochtone tunisien à réaliser des fictions dans son pays natal (Zohra et Ain El Ghazel).

 

Toutes ces images servent aussi à flatter l’imaginaire des spectateurs en France. Les films sont inspirés de la mode orientaliste qui nourrit le rêve occidental depuis le XIXème siècle. De solides archétypes (la danseuse orientale, la foule anonyme, les ruelles pittoresques, les cavaliers Spahis) et les préjugés négatifs (l’indigène sournois) sont repris à l’écran.

 

C’est à partir de la fin des années 1910, que les cinéastes se mettent à rêver des décors d’Afrique du Nord. Un des premiers à franchir la Méditerranée pour y poser sa caméra, est le metteur en scène Luitz-Morat. Il réalise le premier film de fiction tourné en Tunisie : Les Cinq Gentlemen maudits. En 1921 le jeune cinéaste belge, Jacques Feyder, entreprend un projet d’envergure, l’adaptation cinématographique du roman L’Atlantide de Pierre Benoit (1919) tourné au cœur du Sahara. Le film rencontre un très grand succès et fascine le public français. C’est ainsi que la mode des films tournés à l’ombre des palmiers et des murailles des kasbah commence. Les longs-métrages tels que L’Occident d’Henri Fescourt (1928) ou Yasmina d’André Hugon (1925) …suivent cette ascendance.

 

 

Au programme de « Premières Images du Maghreb » :

 

Les Cinq Gentlemen Maudits (1920) de Luitz Morat ; L’Atlantide (1921) de Jacques Feyder ; Yasmina (1926) d’André Hugon ; L’Occident (1928) d’Henri Fescourt ; Le Bled (1929) de Jean Renoir.

« Alexandre Promio, un opérateur Lumière » ; « René Moreau, opérateur et photographe » ; « Albert Samama Chikli, un pionnier du cinéma tunisien » ; « Albert Samama Chikli, opérateur de guerre » ; « Architecture, ville et archéologie » ; « Exotisme » ; « Le Désert, une quête imaginaire » ; « Fêtes, coutumes et vie quotidienne » ; « Artisanat et industrie »

 

 

 

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé remercie le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC-AFF) pour sa large contribution à l’élaboration de ce cycle ainsi que Gaumont-Pathé Archives, Lobster Films, l’Établissement de Communication Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD), la Cinémathèque française, la Cinémathèque Royale de Belgique, la Cinémathèque Robert Lynen et la Cinémathèque de Bologne pour le prêt des copies.