25/09/2021

Giornate del cinema muto, sélection du festival de Pordenone 2021

du 13 au 26 octobre 2021

 

Ce mois-ci, la 40ème édition des Giornate del Cinema Muto a lieu non seulement pour célébrer quatre décennies de présentation de l’art visuel pur du cinéma muet, mais également pour souligner l’importance de partager nos passions dans le cadre d’un festival en présentiel. Cette année, le rôle des femmes derrière et devant les caméras est particulièrement mis en valeur ; ce choix n’est toutefois pas dicté par la tendance actuelle du sujet, mais par un engagement de longue date vis-à-vis des contributions variées des femmes dans tous les secteurs de l’industrie cinématographique. Notre rétrospective la plus complète de cette année, consacrée à la star et productrice de Weimar Ellen Richter, en est un parfait exemple. Cette actrice originaire de Vienne a réalisé plus de 70 longs métrages et était, avec son mari réalisateur Willi Wolff, à la tête de sa propre société de production. Pourtant, parce qu’elle a réalisé des films populaires et n’a jamais travaillé avec les grands noms de l’époque, son propre nom a sombré dans l’oubli ; la majorité de ses films ont été perdus ou oubliés, ignorés dans les archives pendant des décennies.

 

Ainsi, la sélection des films de Richter projetés cette année à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé comprend l’un de ses premiers titres, Aberglaube (1919), découvert au EYE Filmmuseum d’Amsterdam et récemment restauré ; Lola Montez, die Tänzerin des Königs (1922), le film que Richter considérait comme sa plus grande œuvre ; ainsi que Der Juxbaron (1927), avec le grand comique allemand Reinhold Schünzel dans le rôle principal et Marlene Dietrich dans un de ses premiers grands rôles – un film que Richter a produit mais dans lequel elle n’a pas joué.

 

Les scénaristes américaines figurent également au centre de l’un des autres thèmes majeurs de cette année, représenté à Paris par l’esprit piquant d’Anita Loos. Surtout connue pour Les Hommes préfèrent les blondes, Loos a également écrit le film A Temperamental Wife (1919), qui vient tout juste d’être restauré par la Library of Congress et qui n’a pas été projeté depuis des décennies. L’autre titre de cette série, Miss Lulu Bett (1921), écrit par Clara Beranger et réalisé par William de Mille, est un récit étonnamment féministe autour de la prise de conscience d’une femme des limites imposées par la société.

 

Deux westerns témoignent de la malléabilité du genre : Don Quickshot of the Rio Grande (1923) et The Man from Kangaroo (1920). Le premier met en scène la star populaire d’Universal, Jack Hoxie, dans le rôle d’un cow-boy dont les aventures sont inspirées par sa lecture de Don Quichotte (ironiquement, Hoxie lui-même était analphabète). The Man from Kangaroo est un western de l’arrière-pays australien conçu pour l’athlète olympique Snowy Baker, dont les prouesses physiques ont été mises à profit dans une série de films d’aventure réalisés tant en Australie qu’aux États-Unis.

 

Le film L’ombra di un trono (1920) de Carmine Gallone est une adaptation du roman populaire de l’écrivain français Charles Foleÿ Fleur d’ombre, centré sur l’histoire d’une jeune Française qui épouse un mystérieux étranger sans savoir qu’il est le deuxième fils d’une reine régnante. Mettant en vedette la diva d’origine polonaise Soava Gallone, injustement peu considérée, le film est une adaptation largement fidèle du livre, qui ne manquera pas d’inciter le public à établir des parallèles avec certains membres actuels de familles royales, dont les notions vacillantes de responsabilité ont fait la une des journaux ces derniers temps.

 

Enfin, nous présentons un trio de courts métrages fascinants réalisés par le studio Vitagraph en 1910, qui reflètent tous la mode des thèmes japonais. Considéré dans son ensemble, ce programme reflète l’ampleur et la diversité des années précédant l’introduction du son, nous transportant dans un passé non pas pour nous détacher de la vie ordinaire, mais pour rendre cette vie plus consciente de tout ce qui nous entoure.

 

Jay Weissberg, directeur des Giornate del cinema muto de Pordenone

 

Toutes les séances sont accompagnées par les pianistes issus de la classe d'improvisation de Jean-François Zygel (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris).