2/10/2020

Julien Duvivier, l'ingénieux poète

Julien Duvivier, l’ingénieux poète

du 4 au 24 novembre 2020

 

« Si j’étais architecte et devais construire un monument du cinéma, je placerais une statue de Duvivier au-dessus de l’entrée. Ce grand technicien, ce rigoriste était un poète. » Jean Renoir

 

Salué par Jean Renoir, admiré par Ingmar Bergman mais décrié par les « Jeunes Turcs » des Cahiers du Cinéma, le cinéma de Julien Duvivier ne laisse personne indifférent. Du 4 au 24 novembre 2020, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé revient sur la carrière du cinéaste qui révéla Jean Gabin.

Âgé de 19 ans, Julien Duvivier rejoint l’industrie du cinéma par le biais du théâtre. Pour sa première expérience, il interprète un second rôle dans une adaptation de Macbeth par Charles Le Bargy. Puis, il intègre la société Gaumont où il devient l’assistant de nombreux metteurs en scène.

Après la Grande Guerre, il entreprend l’écriture, la réalisation et le montage de son premier long métrage : Haceldama (1919). À cette occasion, il retrouve Séverin-Mars, rôle-titre du Macbeth de Le Bargy, qui, cette fois, incarne le mystérieux Landry Smith. Esthétiquement, le film a l’ambition d’un western américain magnifié par les paysages de la Corrèze. Témoignage d’une profonde sensibilité pour les prises de vues en plein air, le premier film de Duvivier atteste d’une importance particulière accordée aux scènes d’extérieurs qui deviennent alors un élément dramatique central.

En 1922, il écrit le scénario de son nouveau projet tourné à Nice et ses alentours. Le Reflet de Claude Mercoeur (1923) explore le thème du double que Duvivier revisitera et déclinera tout au long de sa carrière. Ici, cela se traduit par un jeu sur le dédoublement d’identité du personnage principal interprété par Gaston Jacquet. À sa sortie, le film est un véritable succès et marque le départ de nombreuses collaborations entre le cinéaste et l’acteur.

L’année suivante, Julien Duvivier réalise Credo ou la Tragédie de Lourdes. Il se rend in situ pour filmer les lieux saints et va même jusqu’à reconstituer une scène de pèlerinage dans les rues de Nice. Suivront L’Agonie de Jérusalem (1927) dont quelques scènes, par souci d’authenticité, ont été réalisées en Palestine, et La Vie miraculeuse de Thérèse Martin (1929) d’après le récit de Sainte Thérèse de Lisieux, béatifiée et canonisée en 1925.

Réalisateur prolifique et éclectique, il co-réalise avec Henri Lepage l’un des premiers documentaires sur le cinéma depuis ses origines (La Machine à refaire la vie). Ensemble, ils le compléteront au fil des ans en ajoutant des extraits de films plus récents jusqu’à sa sonorisation en 1933, avant qu’Henri Lepage opère un remontage au des années 1940. Cette dernière version sera montrée lors de cette programmation.

En 1925, Lepage est nommé assistant sur l’adaptation cinématographique de Poil de Carotte. Oscillant entre perfidie et sensibilité, cette œuvre littéraire s’accorde à l’univers de Duvivier, qui en réalisera deux versions, l’une muette et l’autre parlante. Dans la première, programmée dans ce cycle, il modifie quelque peu la trame initiale du récit, innove et propose des cadrages audacieux dont une déclinaison de champ-contrechamp.

Dans Le Mariage de Mademoiselle Beulemans (1927) – satyre de la société bruxelloise - et Le Mystère de la Tour Eiffel (1928), le cinéaste s’essaye au registre de la comédie.  Parodiant les serials d’aventures, il met à l’honneur dans ce dernier la vedette de music-hall Félicien Tramel.

En 1930, Julien Duvivier transpose Au Bonheur des Dames d’Émile Zola et c’est l’actrice allemande Dita Parlo qui prête ses traits à Denise Baudu, nouvelle recrue d’un grand magasin parisien. Tourné en grande partie dans les Galeries Lafayette, le cinéaste capture des plans d’un Paris effervescent en dissimulant une caméra qui lui permet de suivre l’arrivée de Denise à la capitale depuis la Gare Saint-Lazare.

À l’avènement du cinéma parlant, Julien Duvivier s’approprie les nouvelles méthodes liées à cette révolution technique. Entouré de fidèles, comme Armand Thirard, directeur de la photographie de nombreux de ses long métrages muets, Duvivier continue d’explorer la complexité du langage cinématographique et, ainsi, de sonder l’âme humaine avec mélancolie (La Fin du jour, 1939) et noirceur (Voici le temps des assassins, 1956).

Également au programme : L’Homme à l’Hispano (1926), Le Tourbillon de Paris (1928), La Divine croisière (1929) et Maman Colibri (1929).

 

Toutes les séances sont accompagnées par les pianistes issus de la classe d'improvisation de Jean-François Zygel (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris).