19/11/2019

De la page à l’écran

Les adaptations de la littérature du XIXeme siècle

Du 21 décembre 2019 au 21 janvier 2020

 

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé présente, pour les vacances de fin d'année et bien au-delà, un cycle romanesque qui intéressera tous les publics. Adoptés d'emblée par le cinéma, Victor Hugo, George Sand, Émile Zola et surtout Honoré de Balzac lui ont fourni un grand nombre de scénarios comportant tous les ingrédients du succès : événements, émotions et personnages attachants. Les cinéastes européens et américains tirent parti de leur notoriété et trouvent dans ces romans classiques le moyen de conférer au divertissement populaire des premiers temps la dignité de Septième Art, décrétée par Ricciotto Canudo.

Le genre privilégié est le mélodrame. La trilogie Histoire des Treize est un vrai filon. On verra le Ferragus de Gaston Ravel (1923) avec René Navarre, le très bref Madame de Langeais d'André Calmettes (1910) et Liebe de Paul Czinner (1927), dont la théâtralité, inspirée de Max Reinhardt, met en valeur le jeu d'Elizabeth Bergner. Dans une nouvelle peu connue, La Grande Bretèche, un mari jaloux emmure, dans le cabinet où il est caché, l'amant de sa femme. Son adaptation sous le titre Spergiura! en 1909 par Arrigo Frusta et Luigi Maggi pour inaugurer la "série d'or" d'Ambrosio pourra être comparée aux deux autres versions de cette histoire tragique réalisées la même année : La Grande Bretèche d'André Calmettes et La chambre scellée de D. W. Griffith.

Parmi les grands romans réalistes, on appréciera La Cousine Bette de Max de Rieux (1922), deux Eugénie Grandet : celle d'Émile Chautard et Armand Numès (1910) et The Conquering Power de Rex Ingram (1921) avec Rudolph Valentino en playboy et enfin deux versions du Père Goriot : celle de Jacques de Baroncelli (1921) et celle d'E. Mason Hopper intitulée Paris at midnight (1920), avec Lionel Barrymore en Vautrin.

Les Études philosophiques qui mettent en scène le pouvoir mortifère des idées ont été très adaptées en raison de leur fantastique expressionniste avant la lettre. Léon Poirier transpose en 1920, sous le titre Narayana, l’intrigue de La Peau de chagrin à l’époque contemporaine tout comme Ernest C. Warde dans The Dream Cheater (1920). L'Auberge rouge, chef-d'œuvre de Jean Epstein (1923) - à qui on doit aussi Mauprat d'après George Sand (1926) - sera le clou de cette programmation.

Grand adaptateur dès 1905, Albert Capellani, à qui est consacré un programme spécial, a adapté entre autres Notre-Dame de Paris sous le titre La fille du sonneur (1906), L'Assommoir de Zola (1909), Quatre-vingt-treize de Hugo (1921) et des contes pour enfants comme Cendrillon, Aladdin, La Belle au bois dormant ou Le Petit Poucet. Si on ajoute à cette riche rétrospective la rare version des Misérables d'Henri Fescourt (1925) et celle de Notre-Dame de Paris, de Wallace Worsley avec Lon Chaney (1923), voilà de quoi finir l'année 2019 et commencer 2020 de passionnante façon !                                                                       

                                                                         Anne-Marie Baron

Présidente de la Société des Amis d'Honoré de Balzac et de la Maison de Balzac

 

Docteur ès lettres, critique de cinéma à la radio, sur internet et dans la presse écrite, Anne-Marie Baron a publié sept essais sur Balzac, dont Balzac cinéaste (Méridiens Klincksieck, 1990), Balzac et la Bible (H. Champion, 2007), Balzac occulte (L'Âge d'homme, 2013) ; des préfaces, postfaces et de nombreux articles sur la littérature du XIXe siècle et sur le cinéma et des essais comme La Shoah à l’écran. Crime contre l’humanité et représentation (éditions du Conseil de l’Europe 2004), Romans français du XIXe siècle à l’écran. Problèmes de l’adaptation (Presses de l’Université Blaise Pascal, 2008). Elle a dirigé les numéros de CinémAction La Bible à l'écran (2016) et Balzac à l'écran (2019).