9/05/2018

Pierre Rissient - Man of Cinema

Curieux insatiable, découvreur hors-pair de films, conseiller, accoucheur de talents et fin connaisseur du cinéma - muet, parlant, il avait presque tout vu - Pierre Rissient vient de disparaître. 

La question des focales et de la distance qu'adoptait un metteur en scène pour raconter une histoire l'intéressait beaucoup. L'entendre en parler, c'était recevoir une leçon de cinéma aussi particulière qu'inédite. A ce titre, Pierre Rissient considérait Albert Capellani comme l'un des premiers grands maîtres du cinéma, et le comparait à Raoul Walsh. Il savait que Walsh avait aimé Capellani. 

Projeté au festival L'Immagine Ritrovata de Bologne en 2008, L'Assommoir (1908) l'avait fasciné. Pour le coffret DVD Capellani édité par la Fondation Jérome Seydoux-Pathé, avec Pathé et la Cinémathèque française, il avait accepté d'écrire un texte, dont voici des extraits : 

"Capellani certes partageait avec Raoul le sens du grouillement de la vie sur l’écran, regardez justement L’Assommoir et Regeneration. Je pense à cette belle citation de Lu Xun, dans sa préface à la première édition des Herbes Sauvages, que la poésie, l’art, naissent dans le caniveau" (..) "Ces premiers films sont-ils si primitifs si on les compare à tous ces petits films minimalistes prétentieux à la mode aujourd’hui, ou au contraire ne sont-ils pas comme l’expansion exubérante, spontanée de magnifiques tempéraments d’individus qui ont les yeux avides et gourmands, qui tendent l’oreille pour mieux entendre et nous faire entendre leurs personnages - d’où parfois c’est vrai ce sentiment de déclamation pour combler notre incapacité de saisir la parole." (..)Capellani, si Français, avant son départ en Amérique, était plus à l’aise pour cadrer les extérieurs (rues, ruelles, allées, impasses, et leurs pavés, leurs murs) qu’en studio, où les acteurs sont plus guindés. Son sens de l’espace, de la marche si réelle de ses personnages, un réalisme qui nous rend si présent, si sensible, ce monde d’hier qui est notre Histoire."

Au moment de boucler le livret du coffret, à la question "quelle biographie indiquons-nous ?", Pierre avait répondu "Man of Cinéma". Il n'y avait en effet pas plus évident que le titre du documentaire que Todd McCarthy lui consacra en 2007.