25/06/2019

Ciné-expéditions

Du 28 août au 24 septembre 2019

 

À l’intersection de la culture visuelle, de l’anthropologie et du voyage, le cinéma d’expédition connaît une période florissante dans l’entre-deux guerres. Cette production s’adosse à la pratique alors en vogue des expéditions, qui constituent à la fois des modes de voyage, de production de savoir et, via leurs « produits dérivés » (films, livres, conférences, etc.), de divertissement populaire. Produit de professionnels comme d’amateurs, de voyageurs ou d’anthropologues, le cinéma d’expédition est caractérisé par une forte hybridité générique, entre documentaire et fiction, entertainment et film éducatif. Point de jonction entre la recherche scientifique et le divertissement populaire dans le contexte particulier des empires coloniaux, cette production a contribué à façonner à la fois la discipline anthropologique et l’imaginaire géo-anthropologique du grand public.

 

La Fondation Jérôme Seydoux Pathé, en partenariat avec le musée du quai Branly – Jacques Chirac invite le public à explorer ce corpus hybride de l’histoire du cinéma. La programmation sera associée à deux journées d’étude au musée du quai Branly et à l’exposition « Cinéma d’expédition, des débuts à l’aventure de La Croisière jaune » au sein de la Fondation.

La sélection de films propose de redécouvrir de grands classiques du genre à l’image de Nanouk l’Esquimau ou de La Croisière noire, mais aussi des films moins connus afin de sillonner cinématographiquement la planète en passant par l’Afrique (Simba, roi des bêtes), les étendues du Grand Nord (Milak, chasseur du Groenland) ou les Balkans (Kalabaka), sans oublier les sommets des montagnes (L’Enfer blanc du Piz Palü) ou la jungle amazonienne (Viagem ao Roroima). Brouillant les genres, le cinéma d’expédition peut prendre la forme du film ethnographique (Les Hommes de la forêt), mais aussi de fictions tournées avec ceux qu’on nommait les « indigènes », tels Au pays des chasseurs de tête, qui met en scène des Amérindiens Kwakiutl, ou Nionga, présenté à l’époque comme un « drame de la vie indigène joué par des sauvages au cœur de l’Afrique centrale », quand il ne s’agit pas de mettre en scène les cinéastes dans le rôle des héros (Grass) ou de se moquer de l’explorateur dans la comédie burlesque (Laurel dans la jungle).

Plusieurs séances spéciales permettront enfin de mettre en lumière l’œuvre de Gaston Méliès, le frère méconnu du fameux Georges, qui tourna plusieurs films lors d’un grand voyage dans les mers du Sud en 1912-1913, ou du fantasque marquis de Wavrin, auteurs de nombreuses expéditions en Amérique du Sud dans les années 1920-1930.

Caroline Damiens

 

Au programme : Moana (1926) et Nanouk l’esquimau (1922) de Robert Flaherty, Grass (1925) de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, Au pays des chasseurs de têtes (1914) d’Edward S. Curtis, La Croisière noire (1926) de Léon Poirier, L'Enfer blanc du Piz Palü (1929) d’Arnold Fanck et Georg Wilhelm Pabst, Les Hommes de la forêt (1928) d’Alexandre Litvinov, L’Ennemi silencieux (1930) de H. P. Carver, Programmes « Les Balkans », « Brésil, Luiz Thomaz Reis »… Séances spéciales autour des cinéastes Gaston Méliès, le Marquis de Wavrin, Osa et Martin Johnson.


Remerciements particuliers à Caroline Damiens* pour son aide précieuse à l’élaboration de cette programmation.

 

*Caroline Damiens est maîtresse de conférences en études cinématographiques à l’université Paris Nanterre, au Département Arts du spectacle. Elle a soutenu en 2017 à l’INALCO une thèse qui interrogeait les fabrications filmiques des peuples du Nord et de Sibérie dans les films de cinéma et de télévision soviétiques. Elle a publié plusieurs articles sur cette question et sur le cinéma autochtone contemporain en Sibérie. Elle a été conférencière à la Cinémathèque française et chercheuse postdoctorante au Département de la recherche et de l’enseignement du musée du quai Branly. Ses travaux actuels portent sur la question du spectacle cinématographique et des peuples autochtones et du cinéma d’expédition.

 

Journées d’études « Le Cinéma d’expédition » :

Le 19 septembre 2019 au musée du quai Branly – Jacques Chirac (salle de cinéma)

Le 20 septembre 2019 à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

 

Exposition temporaire :

« Cinéma d’expédition, des débuts à l’aventure de La Croisière jaune » à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à partir du 28 août 2019.