10/07/2019

Josef von Sternberg, l'américain

Josef von Sternberg, l'américain

du 25 septembre au 18 octobre 2019

 

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé revient sur les premiers pas de la carrière de Josef von Sternberg et plonge dans l'univers de ses films muets, d'une rare intensité.

Cycle proposé et conçu par Théo Esparon, historien et programmateur, doctorant à l’Université Paris-Nanterre.

 

Loin d’être seulement l’immigré autrichien sévère que l’on a bien voulu décrire, Josef von Sternberg fit ses premiers pas dans les studios de Fort Lee où il travaille avec les réalisateurs Emile Chautard et Maurice Tourneur. Après quelques épisodiques voyages à Londres, Berlin et Vienne, il réalise son premier film The Salvation Hunters en 1925, un film écrit comme une fable qui plonge dans la boue du port de San Pedro. C’est Chaplin qui, le premier, applaudit son travail ; il l’invite à écrire un scénario pour Mary Pickford et produit son film suivant, le seul pour lequel il n’est ni acteur ni réalisateur, A Woman of The Sea. Le premier film est abandonné et le second sera finalement détruit.

 

La carrière de Sternberg, émaillée de faux départs, éclaire une histoire méconnue du cinéma. Elle naît dans le berceau cosmopolite de New York, se poursuit vers l’Ouest, croise la création de la MGM et le montage de la Symphonie nuptiale (The Wedding March, 1928) d’Erich von Stroheim et s’assoit enfin à la Paramount avec l’immense succès des Nuits de Chicago (Underworld, 1927).

 

Connu comme le "Pygmalion de Marlene Dietrich", Josef von Sternberg donne aux récits populaires et aux passions humaines le panache du mythe.  Il baigne ses drames d’une lumière contrastée et vaporeuse, dans un univers de voiles et de fumées.

 

Des gangsters des Nuits de Chicago aux marins des Damnés de l’Océan (The Docks of New York, 1928), les personnages de Sternberg incarnent la marginalité, l’érotisme et la violence.

 

Comme il le fera avec Marlene dans l’Ange bleu, Sternberg croque ses personnages au crayon noir. Il leur donne le panache qui fera des acteurs, George Bancroft ou Evelyn Brent, des stars et imposera définitivement Emil Jannings, couronné du premier Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans The Last Command. Ses lumières sculptent les drames sans ornement, avec un réalisme qui rappelle les visions cruelles de l’Ash Can School, des Rapaces (Greed, 1924) d'Erich von Stroheim ou de la « Nouvelle Objectivité » de Pabst.

 

Les cinq films qui restent de sa carrière "avant Marlene" (dont un fragment retrouvé il y a quelques années) donnent à voir la perfection de la grammaire cinématographique muette maniée par un réalisateur qui affirmait, dans le carton inaugural de son premier film, vouloir « filmer une pensée ».

 

Théo Esparon

 

Bande-annonce