11/04/2018

Intérieur / Extérieur

Des studios aux grands décors naturels

du 2 au 29 mai 2018

 

Le Printemps continue à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé avec un cycle de films muets questionnant les tournages en studios et en décors naturels. Intérieur / Extérieur : inventions et déambulations dans l’espace. 

Alors que les vues des opérateurs Lumière captent la réalité in situ, des fictions sont très tôt tournées en studio qui dédoublent la scène théâtrale. Des usines de verre fleurissent aux alentours de Paris, installant durablement les maisons de production : Georges Méliès à Montreuil, Léon Gaumont aux Buttes-Chaumont et Charles Pathé à Vincennes. Au sein de ces bâtiments, des espaces sont exclusivement conçus pour la prise de vues avec une verrière favorisant la lumière naturelle. Le dispositif est simple : la caméra est fixe, frontale. Cette « scène-écran » justifie l’utilisation de stratagèmes tels que des toiles peintes et des trompes l’œil, conférant un semblant de profondeur à l’image. Ce recours à l’artifice pour suggérer la réalité et susciter l’adhésion du spectateur est une préoccupation constante de ces metteurs en scène issus du théâtre. Gaston Velle ou Georges Hatot, élaborent très tôt des procédés scéniques aussi farfelus qu’émerveillant : dans une rue reconstituée, un ivrogne titubant s’adresse à une lune en carton-pâte ; des fonds marins explorés par des hommes à la silhouette de cosmonautes ; une montgolfière miniature détruite pour simuler une catastrophe naturelle… Le théâtre s’efface progressivement devant l’attraction majeure du siècle.

Les maisons de production alternent cependant ces importantes reconstitutions en studio avec la production de films en décors naturels, moins couteux. Hors le factice des studios, les films se dotent d’une facture quasi documentaire quand ils sont tournés à Paris, en banlieue, sur les côtes bretonnes ou dans le Sud de la France (Le Coupable d’André Antoine, Le Mystère des roches de Kador de Léonce Perret, Vendémiaire de Louis Feuillade). En décor naturel, même si la caméra demeure statique, la perspective s’accentue à l’écran et le jeu des comédiens se libère. Les aléas techniques (la lumière, le vent ou encore les intempéries) bouleversent les tournages mais encouragent aussi à l’improvisation. Le pic d’une montagne ou la montée d’une crue contribuent à une meilleure expression symbolique de films comme La Loi des montagnes d'Erich Von Stroheim ou L’Inondation de Louis Delluc.

Entre possibilités techniques et imagination créatrice des réalisateurs, c’est un art nouveau qui s’invente et que le cycle de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé reconstitue.

Cette programmation printanière, dédiée aux espaces intérieurs/extérieur des débuts du cinéma, aurait été incomplète sans la possibilité donnée au spectateur d’expérimenter l’intérieur/extérieur de la Fondation. Pour l’occasion, les portes du jardin seront ouvertes, donnant accès à un café éphémère entouré de pervenches… parfaitement naturelles !

 

Toutes les séances sont accompagnées au piano par les élèves de la classe d'improvisation de Jean-François Zygel, en partenariat avec le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.