8/03/2018

Le cinéma muet de Maurice Tourneur

Du 4 avril au 1er mai 2018

 

Maurice Tourneur est aujourd'hui considéré comme un bon artisan du cinéma parlant des années 1930 et 1940. En réalité, ce metteur en scène franco-américain a joué un rôle capital dans le développement du cinéma aux Etats-Unis dans les années 1910 au point que ses pairs le considéraient comme l’égal de D.W. Griffith et de Cecil B. DeMille. Tourneur a en effet influencé de nombreux cinéastes tout en assurant la formation de Clarence Brown et de son fils Jacques Tourneur. La période muette, la plus riche de sa carrière, reste méconnue en France.

La rétrospective que la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé propose donnera accès à des œuvres oubliées et rarement diffusées qui permettront de réévaluer la position subalterne que nombre d'historiens du cinéma ont injustement conféré à Maurice Tourneur. D’abord peintre et décorateur de théâtre, Il devient acteur et régisseur sous l’égide de grands noms du théâtre tels que Réjane et André Antoine. En 1912, il est assistant au studio Eclair mais dès l'année suivante, il passe à la mise en scène. En octobre 1914, six mois après avoir débarqué à New York, Maurice Tourneur est considéré comme l'un des cinéastes les plus en vue de la profession. Grâce à sa formation de peintre, Tourneur porte un soin particulier aux cadrages, à l'éclairage des scènes et des décors.  Le talent de son équipe technique, notamment l’opérateur John van den Broek et le décorateur Ben Carré, a contribué à sa position de réalisateur innovant.

On pourra découvrir lors de ce programme les grandes adaptations littéraires de Tourneur tels que Trilby (1915) d’après Georges du Maurier, Le Dernier des Mohicans (1920) d’après Robert Louis Stevenson et Victory (1919) d’après Joseph Conrad ainsi qu’une comédie sur les coulisses du cinématographe, A Girl’s Folly (1917). Outre le mythique Prunella (1918), des fragments de films de 1916 inédits issus de la collection personnelle de Kevin Brownlow seront présentés tout comme l’unique film de Maurice Tourneur réalisé en Allemagne, Le Navire des hommes perdus (1929) avec une jeune comédienne nommée Marlene Dietrich.

Et pour rendre hommage à l'ouverture d'esprit et à l'inventivité de Maurice Tourneur deux films parlants, récemment restaurés par Pathé, seront projetés lors de cycle : Accusée, levez-vous ! (1930), son premier film parlant et Justin de Marseille (1934), un très grand film noir du cinéma français d'avant-guerre.

Christine Leteux

 

Docteur en sciences, Christine Leteux a travaillé comme chercheur en Grande-Bretagne. Elle a traduit plusieurs ouvrages de Kevin Brownlow dont La Parade est passée… (2011, Actes Sud/Institut Lumière). Elle est l’auteur d’Albert Capellani – Cinéaste du romanesque (2013, La Tour Verte) la première biographie de ce grand pionnier du cinéma, qu’elle a traduit elle-même en anglais pour sa publication aux Etats-Unis, Albert Capellani – Pioneer of the Silent Screen (2015, University Press of Kentucky). Elle est en outre l’auteur de la première biographie approfondie du cinéaste franco-américain Maurice Tourneur – Réalisateur sans frontières (2015, La Tour Verte). Son ouvrage le plus récent Continental Films – Cinéma français sous contrôle allemand (2017, La Tour Verte) a reçu le prix du meilleur livre français sur le cinéma décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma.